—Veux-tu la croix, ah?
Oui, vraiment, c'était un charmant garçon.
III
Quelques jours après la scène de violence qui suivit mon si lamentable échec, je rencontrai Eugène dans une maison amie, chez cette bonne Mme G… où nous avions été priés à dîner tous les deux. Notre poignée de main fut cordiale. On eût dit que rien de fâcheux ne s'était passé entre nous.
—On ne te voit plus, me reprocha-t-il sur ce ton d'indifférente amitié qui, chez lui, n'était que la politesse de la haine… Étais-tu donc malade?
—Mais non… en voyage vers l'oubli, simplement.
—À propos… es-tu plus sage?… Je voudrais bien causer avec toi, cinq minutes… Après le dîner, n'est-ce pas?
—Tu as donc du nouveau? demandai-je, avec un sourire fielleux, par lequel il put voir que je ne me laisserais pas «expédier», comme une affaire sans importance.
—Moi? fit-il… Non… rien… un projet en l'air… Enfin, il faut voir…
J'avais sur les lèvres une impertinence toute prête, lorsque Mme G…, énorme paquet de fleurs roulantes, de plumes dansantes, de dentelles déferlantes, vint interrompre ce commencement de conversation. Et, soupirant: «Ah! mon cher ministre, quand donc nous débarrasserez-vous de ces affreux socialistes?», elle entraîna Eugène vers un groupe de jeunes femmes qui, à la manière dont elles étaient rangées dans un coin du salon, me firent l'effet d'être là, en location, comme, au café-concert, ces nocturnes créatures qui meublent de leur décolletage excessif et de leurs toilettes d'emprunt l'apparat en trompe l'œil des décors.