J'aurais pu inventer des noms bizarres, trouver des terminologies scientifiques. Je ne le tentai même pas… Poussé par un immédiat, un spontané, un violent besoin de franchise:

—Je ne sais pas!… répondis-je, fermement.

Je sentais que je me perdais… que tout ce rêve, vague et charmant qui avait bercé mes espoirs, endormi mes inquiétudes, je le perdais aussi sans rémission… que j'allais, d'une chute plus profonde, retomber aux fanges inévitables de mon existence de paria… Je sentais tout cela… Mais il y avait en moi quelque chose de plus fort que moi, et qui m'ordonnait de me laver de mes impostures, de mes mensonges, de ce véritable abus de confiance, par quoi, lâchement, criminellement, j'avais escroqué l'amitié d'un être qui avait eu foi en mes paroles.

—Non, en vérité, je ne sais pas!… répétai-je, en donnant à cette simple dénégation un caractère d'exaltation dramatique qu'elle ne comportait point.

—Comme vous me dites cela!… Est-ce que vous êtes fou?… Qu'avez-vous donc?… fit Clara, étonnée du son de ma voix et de l'étrange incohérence de mes gestes.

—Je ne sais pas… je ne sais pas… je ne sais pas!…

Et pour faire entrer plus de force de conviction dans ce triple «Je ne sais pas!», je frappai trois fois, violemment, sur le bastingage.

—Comment, vous ne savez pas?… Un savant… un naturaliste?…

—Je ne suis pas un savant, miss Clara… Je ne suis pas un naturaliste… je ne suis rien, criai-je… Un misérable… oui… je suis un misérable!… Je vous ai menti… odieusement menti… Il faut que vous connaissiez l'homme que je suis… Écoutez-moi…

Haletant, désordonné, je racontai ma vie… Eugène Mortain, Mme G…, l'imposture de ma mission, toutes mes malpropretés, toutes mes boues… Je prenais une joie atroce à m'accuser, à me rendre plus vil, plus déclassé, plus noir encore que je ne l'étais… Quand j'eus terminé ce douloureux récit, je dis à mon amie, dans un torrent de larmes: