—Vraiment?… Je ne vous avais rien écrit de tout cela?… Vous êtes sûr?… Je l'ai oublié sans doute… Pauvre Annie!

Elle dit encore:

—Depuis ce grand malheur… tout m'ennuie ici… Je suis trop seule… Je voudrais mourir… mourir… moi aussi… ah, je vous assure!… Et si vous n'étiez pas revenu, je crois bien que je serais déjà morte…

Elle renversa sa tête sur les coussins, agrandit l'espace nu de sa poitrine…, et avec un sourire… un étrange sourire d'enfant et de prostituée, tout ensemble:

—Est-ce que mes seins vous plaisent toujours?… Est-ce que vous me trouvez toujours belle?… Alors, pourquoi êtes-vous parti si… si longtemps? Oui… oui… je sais… ne dites rien… ne répondez rien… je sais… Vous êtes une petite bête, cher amour!…

J'aurais bien voulu pleurer; je ne le pus… J'aurais bien voulu parler encore; je ne le pus davantage…

Et nous étions dans le jardin, sous le kiosque doré, où des glycines retombaient en grappes bleues, en grappes blanches; et nous finissions de prendre le thé… D'étincelants scarabées bourdonnaient dans les feuilles, des cétoines vibraient et mouraient au cœur pâmé des roses, et, par la porte ouverte, du côté du nord, nous voyions se lever d'un bassin, autour duquel dormaient des cigognes dans une ombre molle et toute mauve, les longues tiges des iris jaunes, flammés de pourpre.

Tout à coup, Clara me demanda:

—Voulez-vous que nous allions donner à manger aux forçats chinois?… C'est très curieux… très amusant… C'est même la seule distraction vraiment originale et élégante que nous ayons, dans ce coin perdu de la Chine… Voulez-vous, petit amour?…

Je me sentais fatigué, la tête lourde, tout mon être envahi par la fièvre de cet effrayant climat… De plus, le récit de la mort d'Annie m'avait bouleversé l'âme… Et, la chaleur, au-dehors, était mortelle comme un poison…