Elle me fit respirer des sels, dont la puissance cordiale me ranima un peu. Elle était, elle, libre, très joyeuse au milieu de cette foule dont elle humait les odeurs, dont elle subissait les plus répugnantes étreintes avec une sorte de volupté pâmée. Elle tendait son corps—tout son corps svelte et vibrant—aux brutalités, aux coups, aux déchirements. Sa peau, si blanche, se colorait de rose ardent; ses yeux avaient un éclat noyé de joie sexuelle; ses lèvres se gonflaient, tels de durs bourgeons prêts à fleurir… Elle me dit encore, avec une sorte de pitié railleuse:
—Ah! petite femme… petite femme… petite femme!… Vous ne serez jamais qu'une petite femme de rien du tout!…
Au sortir de l'éblouissante, de l'aveuglante lumière du soleil, le couloir où, enfin, nous parvînmes, me sembla, tout d'abord, plein de ténèbres. Puis, les ténèbres peu à peu s'effaçant, je pus me rendre compte du lieu où je me trouvais.
Le couloir était vaste, éclairé d'en haut par un vitrage qui ne laissait passer à travers l'opacité du verre qu'une lumière atténuée de velarium. Une sensation de fraîcheur humide, presque de froid m'enveloppa tout entier, comme d'une caresse de source. Les murs suintaient, ainsi que des parois de grottes souterraines. Sous mes pieds brûlés par les cailloux de la plaine, le sable, dont les dalles du couloir étaient semées, avait la douceur molle des dunes, près de la mer… J'aspirai l'air largement, à pleins poumons. Clara me dit:
—Tu vois comme on est gentil pour les forçats, ici… Du moins, ils sont au frais.
—Mais où sont-ils?… demandai-je… À droite et à gauche, je ne vois que des murs!
Clara sourit.
—Comme tu es curieux!… Te voilà maintenant plus impatient que moi!… Attends… attends un peu!…. Tout à l'heure, mon chéri… Tiens!…
Elle s'était arrêtée et me désignait un point vague du couloir, l'œil plus brillant, les narines battantes, l'oreille tendue aux bruits, comme une chevrette aux écoutes dans la forêt.
—Entends-tu?… Ce sont eux!… Entends-tu?…