Elle choisit parmi la viande du panier le meilleur, le plus gros morceau et, le buste joliment cambré, elle le tendit, du bout de sa fourche, à la Face décharnée dont les yeux luirent comme deux petites braises.
—Mange, pauvre poète! dit-elle. Mange, va!
Avec des mouvements de bête affamée, le poète saisit dans ses griffes l'horrible morceau puant et le porta à sa mâchoire où je le vis, un instant, qui pendait, pareil à une ordure de la rue, entre les crocs d'un chien… Mais aussitôt, dans la cage ébranlée, il y eut des rugissements, des bondissements. Ce ne furent plus que des torses nus, mêlés, soudés l'un à l'autre, étreints par de longs bras maigres, déchirés par des mâchoires; et des griffes… et des faces tordues s'arrachant la viande!… Et je ne vis plus rien… Et j'entendis les bruits de luttes, au fond de la cage, des poitrines haletantes et sifflantes, des souffles rauques, des chutes de corps, des piétinements de chair, des craquements d'os, des chocs mous de tuerie… des râles!… De temps en temps, au-dessus du volet, une face apparaissait, la proie aux dents, et disparaissait… Des abois encore… des râles toujours… et presque le silence… puis rien!…
Clara s'était collée contre moi, toute frémissante.
—Ah! mon chéri!… mon chéri!…
Je lui criai:
—Jette-leur donc toute la viande… Tu vois bien qu'ils se tuent!
Elle m'étreignait, m'enlaçait.
—Embrasse-moi. Caresse-moi… C'est horrible!… c'est trop horrible!…
Et, se haussant jusqu'à mes lèvres, elle me dit, dans un baiser féroce: