—Faut que je vous confie encore une chose, Célestine... Je suis de Cherbourg... Et Cherbourg, c'est une rude ville, allez... pleine de marins, de soldats... de sacrés lascars qui ne boudent pas sur le plaisir; le commerce y est bon... Eh bien, je sais qu'il y a à Cherbourg, à cette heure, une bonne occasion... S'agirait d'un petit café, près du port, d'un petit café, placé on ne peut pas mieux... L'armée boit beaucoup, en ce moment... tous les patriotes sont dans la rue... ils crient, ils gueulent, ils s'assoiffent... Ce serait l'instant de l'avoir... On gagnerait des mille et des cents, je vous en réponds... Seulement, voilà!... faudrait une femme là dedans... une femme d'ordre... une femme gentille... bien nippée... et qui ne craindrait pas la gaudriole. Les marins, les militaires, c'est rieur, c'est farceur, c'est bon enfant... ça se saoule pour un rien... ça aime le sexe... ça dépense beaucoup pour le sexe... Votre idée là-dessus, Célestine?...
—Moi?... fis-je, hébétée.
—Oui, enfin, une supposition?... Ça vous plairait-il?...
—Moi?...
Je ne savais pas où il voulait en venir... je tombais de surprise en surprise. Bouleversée, je n'avais pas trouvé autre chose à répondre... Il insista:
—Ben sûr, vous... Et qui donc voulez-vous qui vienne dans le petit café?... Vous êtes une bonne femme... vous avez de l'ordre... vous n'êtes point de ces mijaurées qui ne savent seulement point entendre une plaisanterie... vous êtes patriote, nom de nom!... Et puis vous êtes gentille, mignonne tout plein... vous avez des yeux à rendre folle toute la garnison de Cherbourg... Ça serait ça, quoi!... Depuis que je vous connais bien... depuis que je sais tout ce que vous pouvez faire... cette idée-là ne cesse de me trotter par la tête...
—Eh bien? Et vous?...
—Moi aussi, tiens!... On se marierait de bonne amitié...
—Alors, criai-je, subitement indignée... vous voulez que je fasse la putain pour vous gagner de l'argent?...
Joseph haussa les épaules, et, tranquille, il dit: