—Eh bien, voilà!... Je crois que nous ne pouvons avoir tout d'abord que des femmes divorcées... avec leurs amants. Il faut bien commencer par quelque chose. Il y en a de fort sortables et que les journaux les plus catholiques citent avec admiration... Plus tard, quand nos relations seront devenues plus choisies et plus étendues, eh bien, nous les sèmerons les divorcées...

—C'est juste... approuva Mme Charrigaud. Pour le moment, l'important est d'avoir ce qu'il y a de mieux dans le divorce. Enfin, on a beau dire, le divorce, c'est une situation.

—Il a au moins ce mérite qu'il supprime l'adultère, ricana Charrigaud... L'adultère, c'est si vieux jeu... Il n'y a plus que l'ami Bourget pour croire à l'adultère—l'adultère chrétien—et aux meubles anglais...

A quoi Mme Charrigaud répliqua sur un ton d'agacement nerveux:

—Que tu es assommant, avec tes mots d'esprit et tes méchancetés... Tu verras... tu verras que nous ne pourrons jamais, à cause de cela, nous faire un salon comme il faut.

Et elle ajouta:

—Si tu veux devenir vraiment un homme du monde, apprends d'abord à être un imbécile ou à te taire...

On fit, défit et refit une liste d'invités qui, après de laborieuses combinaisons, se trouva arrêtée comme suit:

La comtesse Fergus, divorcée, et son ami, l'économiste et député, Joseph Brigard.

La baronne Henri Gogsthein, divorcée, et son ami, le poète Théo Crampp...