—Oui, dit-il, j'ai passé à Londres huit jours enivrants, et j'ai assisté, mesdames, à une chose unique... un dîner rituel que le grand poète John-Giotto Farfadetti offrait à quelques amis, pour célébrer ses fiançailles avec la femme de son cher Frédéric-Ossian Pinggleton.

—Que ce dut être exquis!... minauda la comtesse Fergus.

—Vous n'imaginez pas... répondit Kimberly, dont le regard, les gestes, et même l'orchidée qui fleurissait la boutonnière de son habit, exprimèrent la plus ardente extase.

Et il continua:

—Figurez-vous, ma chère amie, dans une grande salle que décorent sur les murs bleus, à peine bleus, des paons blancs et des paons d'or... figurez-vous une table de jade, d'un ovale inconcevable et délicieux... Sur la table, quelques coupes où s'harmonisent des bonbons jaunes et des bonbons mauves, et au milieu une vasque de cristal rose, remplie de confitures canaques... et rien de plus... A tour de rôle, drapés en de longues robes blanches, nous passions lentement devant la table, et nous prenions, à la pointe de nos couteaux d'or, un peu de ces confitures mystérieuses, que nous portions ensuite à nos lèvres... et rien de plus...

—Oh! je trouve cela émouvant, soupira la comtesse... tellement émouvant!

—Vous n'imaginez pas... Mais le plus émouvant... ce qui, véritablement, transforma cette émotion en un déchirement douloureux de nos âmes, ce fut lorsque Frédéric-Ossian Pinggleton chanta le poème des fiançailles de sa femme et de son ami... Je ne sais rien de plus tragiquement, de plus surhumainement beau...

—Oh! je vous en prie... supplia la comtesse Fergus... redites-nous ce prodigieux poème, Kimberly.

—Le poème, hélas! je ne le puis... Je ne saurais que vous en donner l'essence...

—C'est cela... c'est cela... l'essence.