—C'est vrai, aussi... m'explique le boucher... Si on n'avait pas les pauvres pour les bas morceaux... on ne gagnerait vraiment pas assez sur une bête... Mais ils sont exigeants maintenant, ces bougres-là!...
Et, taillant deux longues tranches de bonne viande bien rouge, il les lance aux chiens:
Les chiens de riches, parbleu!... c'est pas des pauvres...
Au Prieuré, les événements se succèdent. Du tragique ils passent au comique, car on ne peut pas toujours frissonner... Fatigué des tracasseries du capitaine et sur les conseils de Madame, Monsieur a fini par «l'appeler au juge de paix». Il lui réclame des dommages et intérêts pour le bris de ses cloches, de ses châssis, et pour la dévastation du jardin. Il paraît que la rencontre des deux ennemis dans le cabinet du juge a été quelque chose d'épique. Ils se sont engueulés comme des chiffonniers. Naturellement, le capitaine nie, avec force serments, avoir jamais lancé des pierres ou quoi que ce soit dans le jardin de Lanlaire; c'est Lanlaire qui lance des pierres dans le sien...
—Avez-vous des témoins?... Où sont vos témoins? Osez produire des témoins... hurle le capitaine.
—Les témoins? riposte Monsieur... c'est les pierres... c'est toutes les cochonneries dont vous ne cessez de couvrir ma propriété... c'est les vieux chapeaux... les vieilles pantoufles que j'y ramasse chaque jour, et que tout le monde reconnaît pour vous avoir appartenu...
—Vous mentez...
—C'est vous qui êtes une canaille... une crapule...
Mais, dans l'impossibilité où est Monsieur d'apporter des témoignages recevables et probants, le juge de paix, qui est d'ailleurs l'ami du capitaine, engage Monsieur à retirer sa plainte.
—Et du reste... permettez-moi de vous le dire... conclut le magistrat... il est bien improbable... il est tout à fait inadmissible qu'un vaillant soldat... un officier intrépide qui a gagné tous ses grades sur les champs de bataille, s'amuse à lancer des pierres et de vieux chapeaux dans votre propriété, comme un gamin...