Il a adouci sa voix, mais son regard est devenu si effrayant qu'il m'a été impossible d'articuler une parole...

—S'agit pas de la petite Claire... s'agit de vous...

Comme l'autre soir, il m'a prise dans ses bras...

—Viendrez-vous avec moi, dans le petit café?

Toute frissonnante, toute balbutiante, j'ai trouvé la force de répondre:

—J'ai peur... j'ai peur de vous... Joseph... Pourquoi ai-je peur de vous?

Il m'a tenue bercée, dans ses bras. Et, dédaigneux de se justifier, heureux peut-être d'augmenter mes terreurs, il m'a dit d'un ton paternel:

—Eh ben... eh ben... puisque c'est ça, j'en recauserons... demain...

Il circule en ville un journal de Rouen où il y a un article qui fait scandale, parmi les dévotes. C'est une histoire vraie, très drôle et pas mal raide qui s'est passée tout dernièrement à Port-Lançon, un joli endroit, situé à trois lieues d'ici. Le piquant, c'est que tout le monde en connaît les personnages. Voilà encore de quoi occuper les gens, pendant quelques jours... On a apporté le journal à Marianne, hier, et le soir, après le dîner, j'ai fait la lecture du fameux article à haute voix... Dès les premières phrases, Joseph s'est levé très digne, sévère, et même un peu fâché. Il déclare qu'il n'aime pas les cochonneries, et qu'il ne peut supporter qu'on attaque la religion, devant lui...

—C'est pas bien, ce que vous faites là, Célestine... c'est pas bien...