—Ah! si vous vouliez!... Quel succès!...
Puis, sur un ton confidentiel:
—Il vient aussi chez moi, souvent, mystérieusement, des dames du plus grand monde... quelquefois seules, quelquefois avec leurs maris ou leurs amants. Ah! dame, vous comprenez, chez moi, il faut se mettre un peu à tout...
J'objectai un tas de choses, l'insuffisance de mon instruction amoureuse, le manque de lingerie de luxe, de toilettes... de bijoux... La vieille me rassura:
—Si ce n'est que ça!... dit-elle, il ne faut pas vous tourmenter... parce que, chez moi, la toilette, vous comprenez, c'est surtout la beauté naturelle... une bonne paire de bas, sans plus!...
—Oui... oui... je sais bien... mais encore...
—Je vous assure qu'il ne faut pas vous tourmenter... insista-t-elle avec bienveillance... Ainsi, j'ai des clients très chic, principalement les ambassadeurs... qui ont des manies... Dame! à leur âge et avec leur argent, n'est-ce pas?... Ce qu'ils préfèrent, ce qu'ils me demandent le plus, c'est des femmes de chambre, des soubrettes... une robe noire très collante... un tablier blanc... un petit bonnet de linge fin... Par exemple, des dessous riches... ça oui... Mais écoutez bien... Signez-moi un engagement de trois mois... et je vous donne un trousseau d'amour, tout ce qu'il y a de mieux, et comme les soubrettes du Théâtre-Français n'en ont jamais eu... ça, je vous en réponds...
Je demandai a réfléchir...
—Eh bien, c'est ça!... réfléchissez... conseilla cette marchande de viande humaine. Je vais toujours vous laisser mon adresse... Quand le coeur vous dira... eh bien, vous n'aurez qu'à venir... Ah! je suis bien tranquille!... Et, dès demain, je vais vous annoncer au Président de la République...
Nous avions fini de boire. La vieille régla les deux verres, tira d'un petit portefeuille noir une carte qu'elle me remit, en cachette, dans la main. Lorsqu'elle fut partie, je regardai la carte et je lus: