En quittant cette sale mercière et cette étrange boutique où, d'ailleurs, il me fut impossible de rassortir ma soie, je songeais avec découragement à tout ce que cette femme m'avait raconté sur mes maîtres... Il bruinait... Le ciel était crasseux comme l'âme de cette marchande de potins... Je glissais sur le pavé gluant de la rue, et, furieuse contre la mercière et contre mes maîtres, et contre moi-même, furieuse contre ce ciel de province, contre cette boue, dans laquelle pataugeaient mon coeur et mes pieds, contre la tristesse incurable de la petite ville, je ne cessais de me répéter:
—Eh bien!... me voilà propre... Il ne me manquait plus que cela... Et je suis bien tombée!...
Ah oui! je suis bien tombée... Et voici du nouveau.
Madame s'habille toute seule et se coiffe elle-même. Elle s'enferme à double tour dans son cabinet de toilette, et c'est à peine si j'ai le droit d'y entrer... Dieu sait ce qu'elle fait là-dedans des heures et des heures!... Ce soir, n'y tenant plus, j'ai frappé à la porte, carrément. Et telle est la petite conversation qui s'est engagée entre Madame et moi.
—Toc, toc!
—Qui est là?
Ah! cette voix aigre, glapissante, qu'on aimerait à faire rentrer, dans la bouche, d'un coup de poing...
—C'est moi, Madame...
—Qu'est-ce que vous voulez?
—Je viens faire le cabinet de toilette...