Depuis le soir où son baiser me fut comme un aveu du crime, où sa confiance alla vers moi avec la poussée d'un rut, Joseph nia. J'eus beau le tourner, le retourner, lui tendre des pièges, l'envelopper de paroles douces et de caresses, il ne se démentit plus... Et il entra dans la folie d'espoir de Madame. Lui aussi combina des plans, reconstitua tous les détails du vol; et il battit les chiens qui n'aboyèrent pas, et il menaça de son poing les voleurs inconnus, les chimériques voleurs comme s'il les voyait fuir à l'horizon. Je ne savais plus à quoi m'en tenir sur le compte de cet impénétrable bonhomme... Un jour, je croyais à son crime, un autre jour à son innocence. Et c'était horriblement agaçant.
Comme autrefois, nous nous retrouvions, le soir, à la sellerie:
—Eh bien, Joseph?...
—Ah! vous voilà, Célestine!
—Pourquoi ne me parlez-vous plus?... Vous avez l'air de me fuir...
—Vous fuir?... moi...? Ah! bon Dieu!...
—Oui... depuis cette fameuse matinée...
—Parlez point de ça, Célestine... Vous avez de trop mauvaises idées.
Et triste, il dodelinait de la tête.
—Voyons, Joseph... vous savez bien que c'est pour rire. Est-ce que je vous aimerais si vous aviez commis un tel crime?... Mon petit Joseph...