J'étais en veine de hardiesse... J'ai encore répondu:

—Je tâcherai, Monsieur... avec l'aide de Monsieur...

Je crois que Monsieur voulait me dire quelque chose de très raide. Ses yeux brillaient comme deux braises... Mais Madame est apparue en haut de l'escalier... Monsieur a filé de son côté, moi du mien... C'est dommage...

Ce soir, à travers la porte du salon, j'ai entendu Madame qui disait à Monsieur, sur ce ton aimable que vous pouvez soupçonner:

—Je ne veux pas qu'on soit familier avec mes domestiques...

Ses domestiques!... Est-ce que les domestiques de Madame ne sont pas les domestiques de Monsieur?... Ah bien!... vrai!...

III

18 septembre.

Ce matin, dimanche, je suis allée à la messe.

J'ai déjà déclaré que, sans être dévote, j'avais tout de même de la religion... On aura beau dire et beau faire, la religion c'est toujours la religion. Les riches peuvent peut-être s'en passer, mais elle est nécessaire aux gens comme nous... Je sais bien qu'il y a des particuliers qui s'en servent d'une drôle de façon, que beaucoup de curés et de bonnes soeurs ne lui font pas honneur... Il n'importe. Quand on est malheureuse—et, dans le métier, on l'est beaucoup plus qu'à son tour—il n'y a encore que ça pour endormir vos peines... que ça... et l'amour... Oui, mais l'amour, c'est un autre genre de consolation... Aussi, même dans les maisons impies, je ne manquais jamais la messe. D'abord, la messe, c'est une sortie, une distraction, du temps gagné sur les ennuis quotidiens de la baraque... C'est surtout des camarades qu'on rencontre, des histoires qu'on apprend, des occasions de faire connaissance... Ah! si j'avais voulu, à la sortie de la chapelle des Assomptionnistes, écouter de vieux messieurs très bien qui m'en chuchotaient, à l'oreille, de drôles de psaumes, je ne serais peut-être pas ici, aujourd'hui!...