—Et puis, ma petite, vous savez, madame Gouin, c'est une femme bien aimable... et bien droite... Il faudra la voir souvent...
Elle s'attarde encore... et avec plus de mystère:
—Elle en a soulagé, allez, des jeunes filles!... Dès qu'on s'aperçoit de quelque chose... on va la trouver... Ni vu, ni connu... On peut se fier à elle... ça, je vous le dis... C'est une femme très... très savante...
Les yeux plus brillants, son regard attaché sur moi, avec une ténacité étrange, elle répète:
—Très savante... et adroite... et discrète!... C'est la Providence du pays... Allons, ma petite, n'oubliez pas de venir chez nous, quand vous pourrez... Et allez, souvent, chez madame Gouin... Vous ne vous en repentirez pas... A bientôt... à bientôt!...
Elle est partie... Je la vois qui, de son pas en roulis, s'éloigne, longe, énorme, le mur puis la haie... et brusquement s'enfonce dans un chemin où elle disparaît...
Je passe devant Joseph, le jardinier-cocher, qui ratisse les allées... Je crois qu'il va me parler; il ne me parle pas... Il me regarde seulement d'un air oblique, avec une expression singulière qui me fait presque peur...
—Un beau temps, ce matin, monsieur Joseph...
Joseph grogne je ne sais quoi entre ses dents...
Il est furieux que je me sois permis de marcher dans l'allée qu'il ratisse...