—Mais, Madame m'a dérangée, tout le temps.
—Je vous ai dérangée, moi?... D'abord, je vous défends de me répondre... Je ne veux pas d'observation, entendez-vous?... Je sais ce que je dis.
Et des claquements de porte, des ronchonnements qui n'en finissent pas... Dans les corridors, à la cuisine, au jardin, des heures entières, on entend sa voix qui glapit... Ah! qu'elle est tannante!
En vérité, on ne sait par quel bout la prendre... Que peut-elle donc avoir, dans le corps, pour être toujours dans un tel état d'irritation? Et comme je la planterais là, si j'étais sûre de trouver une place, tout de suite...
Tantôt je souffrais plus encore que de coutume... Je ressentais une douleur si aiguë que c'était à croire qu'une bête me déchirait, avec ses dents, avec ses griffes, l'intérieur du corps... Déjà, le matin, en me levant, à force d'avoir perdu du sang, je m'étais évanouie... Comment ai-je eu le courage de me tenir debout, de me traîner, de faire mon service? Je n'en sais rien... Parfois, dans l'escalier, j'étais obligée de m'arrêter, de me cramponner à la rampe afin de reprendre haleine et de ne pas tomber... J'étais verte, avec des sueurs froides qui me mouillaient les cheveux... C'était à hurler... Mais je suis dure au mal, et j'ai cette fierté de ne jamais me plaindre devant mes maîtres... Madame me surprit, à un moment où je pensais défaillir. Tout tournait autour de moi, la rampe, les marches et les murs.
—Qu'avez-vous? me dit-elle, rudement.
—Je n'ai rien.
Et j'essayai de me redresser.
—Si vous n'avez rien, reprit Madame, pourquoi ces manières-là?... Je n'aime pas qu'on me fasse des figures d'enterrement... Vous avez un service très désagréable...
Malgré ma douleur, je l'aurais giflée...