Monsieur était devant moi, de face, la peau toute mouillée, grelottante, et l'éponge, en ses mains, coulait comme une fontaine... Ah!... sa tête, ses yeux, son immobilité!... Jamais, je ne vis, je crois, un homme aussi ahuri... N'ayant point de manteau pour recouvrir la nudité de son corps, par un geste, instinctivement pudique et comique, il s'était servi de l'éponge comme d'une feuille de vigne. Il me fallut une forte volonté pour réprimer, devant ce spectacle, le rire qui se déchaînait en moi. Je remarquai que Monsieur avait sur les épaules une grosse touffe de poils, et la poitrine, telle un ours... Tout de même, c'est un bel homme... Mazette!...

Naturellement, je poussai un cri de pudeur alarmée, ainsi qu'il convenait, et je refermai la porte avec violence... Mais derrière la porte, je me disais: «Il va me rappeler, bien sûr... Et que va-t-il arriver?... Ma foi!...» J'attendis quelques minutes... Plus un bruit,... sinon le bruit cristallin d'une goutte d'eau qui, de temps en temps, tombait dans le tub... «Il réfléchit, pensais-je... il n'ose pas se décider... mais il va me rappeler»... En vain... Bientôt l'eau ruissela de nouveau... ensuite j'entendis que Monsieur s'essuyait, se frottait, s'ébrouait... et des glissements de savate traînèrent sur le parquet... des chaises remuèrent... des placards s'ouvrirent et se refermèrent... Enfin Monsieur recommença de chantonner:

Et allez donc, Mamz'elle Suzon!...

Et ron, ronron... petit patapon.

—Non, vraiment, il est trop bête!... murmurai-je, tout bas, dépitée et furieuse.

Et je me retirai, dans la lingerie, bien résolue à ne plus lui accorder jamais rien du bonheur que ma pitié, à défaut de mon désir, avait parfois rêvé de lui donner...

L'après-midi, Monsieur, très préoccupé, ne cessa de tourner autour de moi. Il me rejoignit à la basse-cour, au moment où j'allais porter au fumier les ordures des chats... Et comme, pour rire un peu de son embarras, je m'excusais de ce qui était arrivé le matin:

—Ça ne fait rien... souffla-t-il... ça ne fait rien... Au contraire...

Il voulut me retenir, bredouilla je ne sais quoi... Mais je le plantai, là... au milieu de sa phrase dans laquelle il s'empêtrait... et je lui dis, d'une voix cinglante, ces mots:

—Je demande pardon à Monsieur... Je n'ai pas le temps de parler à Monsieur... Madame m'attend...