Monsieur, je suis vostre humble serviteur, que désirez-vous du nostre? Un homme de vostre qualité ne peust ignorer les livres nouveaux, ces sublimes maistres muets, et, puisque vous avez coustume d'honorer ma boutique, que pourrois-je vous proposer?

L'AMATEUR

Je voudrois connoistre quelques ouvrages du bon ton, les lectures à la mode, des livres de nos meilleurs autheurs, les romans du beau monde les plus furieusement en vogue, et enfin, toutes choses ayant du ragoust, du piquant et de l'enjoué.

LE LIBRAIRE

Me permettroi-je de vous soumettre le Grand Cyrus dont on fait grand bruit à la ville et à la cour, la Clélie, de Mlle de Scudéry, ou encore le Louïs d'or, d'Ysarn; les Alcovistes en raffollent et nos illustres se les arrachent; préférez-vous le Pharamond, la Cléopatre ou bien le Mitridate; tous ces agréables Menteurs, comme on dit en terme de Ruelles, font les plus chers passe-tems de nos galans et des gens qui se piquent de bel esprit.

L'AMATEUR

Ces romans sont charmans, en effet, pour qui connoist bien la force des mots et le friand du goust, mais ils sont trop longs à lire et tiennent une terrible place dans nos bibliothèques, je verrai cependant le Cyrus et vous le ferai mander.

LE LIBRAIRE

Je m'empresserai de tenir ces dix volumes à vostre service, mais dites-moy, je vous prie, vostre pensée sur l'Amadis que voicy, relié en maroquin du Levant. Il me vient de la bibliothèque de M. de Bassompierre, c'est un superbe exemplaire que j'eus les plus grandes peines à me procurer.