De 1833 à 1850, l'auteur du Père Goriot, fait plus de besogne que de projets; nous devons néanmoins citer comme tels: 20 pages sur le Salon de 1833,—Le Privilége, roman qui devait suivre Le Curé de Campagne,—L'Histoire d'une Idée heureuse, dont le prologue seul a été fait, et aussi, un projet de pièce-vaudeville: Richard Cœur d'Eponge, que Théophile Gautier devait arranger et faire représenter au Théâtre des Variétés.
Nous nous arrêtons plus particulièrement sur un projet que Balzac paraît avoir beaucoup caressé et qu'il affirme même avoir exécuté en entier, bien qu'il n'ait jamais été mis en lumière.—En 1836, il écrit de La Boulonnière, près Nemours, à maître Werdet, son éditeur: «J'ai terminé le manuscrit de Sœur Marie des Anges, je ne veux pas le confier à la diligence.»
Sœur Marie des Anges, cela est patent, n'a jamais existé que dans l'imagination irradiée du romancier, qui voulait peindre, sous ce titre, une âme de jeune fille avant l'invasion d'un amour qui la conduira au couvent—: «Je lui ferai abhorrer les carmélites dans sa jeunesse où elle ne rêve que le monde et les fêtes, dit-il à ce sujet, (Lettre à Madame Hanska, 1838) et le malheur la ramènera au couvent qui sera pour elle un asile et un refuge. Après avoir passé huit années au couvent, elle arrive à Paris aussi étrangère que le Persan de Montesquieu, et je lui ferai juger et dépeindre le Paris moderne par la puissance de l'idée, au lieu de me servir de la méthode dramatique de nos romans. C'est une donnée nouvelle, et, si je réussis à l'exécuter comme je l'entends, je vous réponds que vous serez content de moi.»
Hélas, de Sœur Marie des Anges, de ce Livre d'Amour, comme se plaisait à le nommer l'écrivain, il ne reste que ces quelques lignes fugitives!
Mais, ce n'est plus le Balzac aux projets vagabonds qui doit nous occuper maintenant, c'est l'auteur de la Grrrande Comédie humaine, et les ouvrages divers que cette œuvre immense devait comprendre dans son ensemble.
Dans les Scènes de la vie privée, Balzac avait projeté les romans suivants, dont les titres seuls nous donnent d'amers regrets:—Les Enfants,—Un Pensionnat de Demoiselles,—Intérieur de Collége, puis, (ici nos regrets s'accentuent),—Gendres et Belles-Mères.
Dans les Scènes de la vie parisienne devaient prendre place: Une Vue du Palais,—Entre-Savants,—Le Théâtre comme il est.
Aux Scènes de la vie politique, se seraient ajoutées les œuvres suivantes: L'Histoire et le Roman,—Les Deux Ambitieux,—L'Attaché d'Ambassade et... Comment on fait un Ministère.
Avant d'entreprendre les Scènes de la vie militaire, Balzac en avait dressé le plan et nous y trouvons ces nombreuses lacunes: Les Soldats de la République (trois épisodes), L'Entrée en Campagne,—Les Vendéens,—Pour Les Français en Egypte, les 2e et 3e épisodes font défaut, ce sont:—Le Prophète,—Le Pacha. Pour le reste, voici tous les titres des Œuvres militaires projetées: L'armée Roulante,—La Garde Consulaire,—Un Combat,—L'Armée assiégée,—La Plaine de Wagram,—L'Aubergiste,—Les Anglais en Espagne,—Moscou,—La Bataille de Dresde,—Les Traînards,—Les Partisans,—Une Croisière,—Les Pontons,—La Campagne de France,—Le Dernier Champ de Bataille,—L'Emir,—La Pénissière et Le Corsaire Algérien.
Il manque deux romans aux Scènes de la vie de Campagne: Le Juge de Paix,—Les Environs de Paris.—Aux Etudes Philosophiques, il en manque cinq: Le Phédon d'Aujourd'hui,—Le Président Fritot,—Le Philanthrope,—Le Nouvel-Abeilard,—La Vie et les Aventures d'une Idée.—Dans les Etudes Analytiques, enfin, Balzac devait faire: L'Anatomie des Corps Enseignants, Une Monographie de la Vertu et un grand Dialogue Philosophique et Politique sur la Perfection du XIXe siècle.