Si ce n'est de bon cœur que je vous les ay faits.

Je souhaite donc à Ninon

Un mary peu hargneux, mais qu'il soit bel et bon,

Force gibier tout le carême,

Bon vin d'Espagne, gros marron,

Force argent, sans lequel tout homme est triste et blesme,

Et qu'un chacun l'estime autant que fait Scarron.

Tudieu! avec quelle émotion vraie vous récitâtes ces vers burlesques; quelle voix chaude et vibrante, quelles intonations senties, et que votre regard était vif, pendant la lecture de ces Estrennes! J'oubliai presque Scarron et je négligeai de le maltraiter:—véritable magicienne, vous veniez, par cette seule évocation de Ninon, de me reporter de deux siècles en arrière, parmi cette société polie où les petits poètes, même, savaient donner de si galantes étrennes.

Je revis Ninon, sa cour brillante et ses passants de qualité: le Comte de Coligny, le Chevalier de Grammont, les Marquis de La Châtre et de Sévigné, le Prince de Condé, l'Abbé de Chaulieu, Villarceaux, Gourville, Saint-Évremont et tant d'autres.

Je n'étais plus chez vous, Baronne, je me trouvais en plein Marais, dans la ruelle de cette impure adorable, de cette femme, trois fois femme, par le cœur, l'esprit, l'inconstance et la frivolité.—J'étais environné de beaux esprits, parmi lesquels votre cher Scarron, alors ingambe, alors petit collet, courant de groupe en groupe avec cette bonne humeur, cette gaieté bouffonne et cet atticisme pimenté de sel gaulois.