Il y a de cela nombre d'années déjà.—C'est en recherchant il y a peu jours, au fond d'un carton d'épreuves d'eaux-fortes, des documents indispensables à un travail urgent, que ces macabres photographies m'apparurent et que, me remémorant l'aventure invraisemblable que nous conta naguère le grand seigneur viennois, il me prit fantaisie d'écrire le récit qu'on vient de lire. L'authentique figure ici reproduite dans le texte est celle du comte Bernard d'Harcourt, gentilhomme normand, blessé mortellement à la bataille de Nördlingen, puis décapité et précieusement embaumé par les soins du docteur Eobanus Bolgnuth de Nuremberg.

La tête originale a dû, je le suppose, demeurer à Vienne, dans le cabinet d'antiquité du comte W***…, dont la maison est d'origine polonaise. Les modernes d'Harcourt pourraient peut-être encore la réclamer et l'obtenir aujourd'hui.

LA MOMIE FATALE

Nos histoires se suivent et ne se ressemblent pas; toutefois, celle-ci se trouve en quelque sorte directement liée à la précédente par l'origine et par la filiation des faits qui m'amenèrent à l'entendre exposer en toute simplicité quelques années plus tard.

Parmi les convives rencontrés au dîner de Vienne, dont il est question plus haut, se trouvait,—l'ai-je dit?—lord L***, qui venait de quitter la vice-royauté des Indes pour voyager en Europe.

Le hasard fit que lord L***, envoyé en qualité d'Ambassadeur d'Angleterre à Paris, devint pour moi un des compagnons les plus chers de ces heures de loisir qu'il est si exquis de consacrer à l'amitié bavarde, à la causerie intellectuelle et intime, plutôt que de les gaspiller dans ces médiocres et vides soirées de réception où l'on ne recueille que la fausse monnaie des grimaces et la banalité des phrases de politesse.

LE MANUSCRIT DE LA MOMIE
(L'une des peintures du second coffre)

Lord L*** était mieux qu'un diplomate habile, discuté et discutable; il se sentait au-dessus des finesses de la politique internationale, et son esprit de dilettante n'était sensible qu'à la beauté des formes et des idées. Volontiers paradoxal, lettré comme le sont ses compatriotes quand ils ont passé par Oxford ou Cambridge et voyagé aux quatre coins du monde, il avait vu et lu immensément, et sa mémoire était prodigieuse, bien qu'il fût beau buveur et abusât fréquemment de tous ces excitants que Baudelaire nommait: les Paradis artificiels.