L'effronté Raoul sourit gracieusement à Mlle Éléonore et poursuivit:
«Tenez, mademoiselle, voilà vingt ans, trente ans, que votre poétique image hante mes rêves, trente ans que je viens à Pontoise en cachette, la nuit, soupirer sous vos fenêtres…
—Vil imposteur! Je n'habite Pontoise que depuis six mois, je n'étais jamais jusque-là sortie de Château-Thierry!
L'HÉRITAGE SIGISMOND
—C'est Château-Thierry que je voulais dire! Où es-tu, ô ma jeunesse en proie à la mélancolie, rongée par une passion fatale et incomprise… car jusqu'ici vous n'avez pas voulu me comprendre! Mais c'est fini, tout est arrangé, vous avez dit oui, ne parlons plus de ça, c'est l'affaire des notaires! Dites-moi, peut-on voir la bibliothèque de Sigismond?
—Je comprends tout! s'écria Mlle Éléonore, vous êtes encore un ami de Sigismond et vous venez pour ces affreux livres!…»
Un mot prononcé par Mlle Sigismond avait fait dresser l'oreille au sympathique Guillemard. Elle avait dit: encore un ami de Sigismond, que signifiait cet encore? D'autres seraient-ils déjà venus, attirés aussi par la bibliothèque?
«Pardon, dit-il d'une voix altérée, on est donc déjà venu?
—Oui, d'autres sont venus me tourmenter pour ces monstres de livres; mais aucun n'a poussé l'impudeur aussi loin que vous! Il y a un monsieur Bicharette et un monsieur Joliffe qui m'ont offert des sommes folles de ces livres que je n'ai pas le droit de vendre!…»