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LA CHASTETÉ DES MUSES
Le château d'Isgny m'apparut comme une solide demeure normande, bâtie en silex et en briques, couverte d'ardoises découpées en losange, avec de vastes communs et un vieux parc à hautes futaies relié naturellement à des prairies lointaines. Cette antique gentilhommière bien située, à mi-côte, et arrosée par la rivière la Sane, dont les eaux vives et transparentes miraient le ciel et le feuillage, avait les apparences d'une retraite calme et heureuse qui mettait en appétit d'y vivre et de s'y reposer dans une philosophie digne d'Horace et de Virgile.
L'ancien Lieutenant de Louveterie y avait orné son existence dans un célibat très réfléchi, après avoir donné la première partie de sa vie au tourbillon du monde et à l'intérêt des voyages. Peu de valetaille dans cette solitude, et, pour tout équipage, un cabriolet très Louis-Philippe, encore assez confortable et qu'une vieille jument du Calvados emportait vivement dans la poussière des routes.—M. Bernard d'Isgny me reçut avec affabilité dans son verdoyant domaine, dont j'eus à visiter l'étendue cadastrale. Après le déjeuner, servi dans une salle toute tapissée de très riantes et très rares faïences de tous styles, de toutes provenances et très ingénieusement disposées sur les dressoirs, les buffets, les crédences anciennes et sur les murailles, l'excellent homme, la mine épanouie, l'œil en gaieté, me mit la main sur l'épaule avec une cordialité émue:
LE BOUCHER de Béthune par de SAINT MÉGRIN
PARIS, Busquin-Desessart & Cie, 1834
ROMANTIQUES INCONNUS
(Fac-similé d'une lithographie attribuée à Delacroix)
«Et maintenant, dit-il, allons prendre le café dans la pharmacie des remèdes de l'âme, comme disait si sagement le Roi Osymandias; passons, si vous le voulez bien, à la Bibliothèque, chez nos grands Amis d'élection; suivez-moi.»