Une femme à tempérament ne se donne pas le temps d'être coquette. Aussi bien, un affamé ne songe-t-il pas à faire des grâces sentimentales à table—comme l'estomac les sens ont leur fringale.

Le caprice chuchotte; la passion parle.

Une revue mondaine a fait paraître dernièrement sous ce titre: Comment ces dames mangent les asperges, une curieuse étude qui devait avoir pour pendant un second article: Comment ces messieurs mangent les moules.—La censure, en interdisant ces dissertations métaphoriques, a mis à nu la dépravation publique. Si les femmes honnêtes n'avaient pas dû comprendre les sous-entendus, en quoi la morale eût-elle été froissée? Le salon de Mme de Rambouillet eut écouté sérieusement, sans y concevoir de malice, ces petites oeuvres littéraires. Les pointes d'asperges sont-elles donc des pointes d'esprit bien grivoises? Il faut croire que les nidoreuses manifestations du naturalisme nous ont rendus bien pudibonds en matière de préciosité raffinée.

Allez donc parler d'amour à un médecin, il vous dira: «Bah! mais ce n'est que l'attraction de deux muqueuses.»

La vertu ne résisterait jamais aux circonstances, si les hommes savaient les deviner.—Une femme est seule, sur sa chaise longue, toute frémissante encore de la lecture d'un roman d'amour, vous vous présentez, selon les règles du monde, et par une conversation correcte et banale, vous ramenez cette pauvre âme émue aux réalités de la vie.

Oh! si vous aviez pu surprendre son rêve, vous identifier avec le héros de ses songes, et peu à peu, avec une nuance très fine de brutalité, donner un corps à ses fantaisies d'imagination, vous n'eussiez trouvé que docilité et abandon, là où vous n'avez su permettre que la rigidité des convenances.