Sénac de Meilhan a écrit: les grandes passions sont aussi rares que les grands hommes. Est-ce bien sûr? Cette petite pensée est sujette à grande controverse.

Il est des femmes laides et bégueules qui prennent un soin ridicule pour afficher leur vertu et annoncer au monde qu'elles sont inaccessibles à la galanterie.—Pareille vanité grotesque me rappelle les portes de prison sur lesquelles on a peint en grosses lettres: le public n'entre pas ici.—«Plus souvent,» s'écrie Gavroche dans un argot qui dit tout.

On ne pratique réellement l'amour qu'en France, et à Paris surtout; j'entends l'amour avec toutes ses mignardises, toutes ses délicatesses, toutes ses ruses polissonnes et tout le luxe intime des femmes. Une parisienne semble plutôt créée pour l'amour que pour la maternité; de toutes les femmes du globe, elle seule sait être gracieuse, se lever, s'habiller, marcher, se baisser, se relever et surtout se coucher, avec des poses d'un art exquis, des lenteurs savantes, des enjouements qui ravissent et des calineries spéciales dans le moindre geste. S'il est des hommes qui ont pu regretter au loin les charmes de la parisienne habillée, il n'est pas un raffiné qui n'ait conservé le plus adorable et le plus frais souvenir d'une parisienne qui va se mettre au lit. Cette manière à la fois chaste et impudique de se défaire des derniers voiles comme d'un fardeau importun, cette grâce dans la draperie harmonieuse des toiles fines et blanches, cette mutinerie dans la dentelle, ces parfums pénétrants qui se dégagent d'elle sont bien faits pour marquer une empreinte ineffaçable dans la mémoire de ceux qui s'intéressent à la femme par l'enveloppe et les détails.—Ailleurs qu'en France peut-on se disposer à l'amour avec un attirail de préparatifs aussi ravissant? Une anglaise en robe de chambre est vêtue en dessous—et par pudeur, d'une riding dress. L'une d'elles disait un jour avec ennui: «L'amour... il faut bien le faire, les hommes y tiennent.»—Une française n'eut jamais dit cette phrase typique.

Ah! si le cerveau des parisiennes n'était pas une éponge à préjugés, si ces roses poupées avaient plus de sang et moins de son dans les entrailles, si leur coeur, moins chiffonné par le caprice, était plus sensible aux intimités d'amour, elles deviendraient les créatures les plus propres à satisfaire la passion des artistes et des voluptueux. Mais faut-il tant demander aux filles de Satan?—C'est le jouir et non le posséder qui rend heureux, disait Montaigne: Dès que les femmes sont à nous, nous ne sommes déjà plus à elles.—Quelle immense compensation pour ceux qui analysent et qui pensent sur les sentiments respectifs des sexes.

ARRIÈRE-PROPOS