LIVRE SEPTIÈME.
DU DUC GUILLAUME, QUI SOUMIT L’ANGLETERRE PAR SES ARMES.
CHAPITRE PREMIER.
Des traverses que le jeune Guillaume eut à essuyer dès le commencement de son administration, par la perversité de quelques hommes.
AYANT raconté dans leur ordre les gestes du grand duc Robert, et les ayant portés avec un soin extrême à la connaissance de beaucoup d’hommes, il nous paraît maintenant convenable d’en venir à ce qui concerne Guillaume, son fils, afin d’apprendre à la postérité par quelles sueurs et quels travaux il échappa aux embûches de ses ennemis, et courba vigoureusement sous ses pieds leurs têtes orgueilleuses. On trouve dans presque toutes les pages de l’Ecriture que la maison du fils est renversée par les iniquités d’un père méchant; mais aussi, et en sens inverse, elle est rendue plus solide par les mérites d’un bon père. Enfin Christ fortifia la maison du duc Robert, après que celui-ci eut dédaigné les pompes du siècle, et le récompensant par une gloire mortelle, il éleva dans la suite son fils Guillaume sur un trône royal, après qu’il eut abattu ses ennemis. Mais d’abord il [p. 167] nous paraît nécessaire de raconter aux siècles à venir par quelles victoires et quels triomphes Guillaume s’illustra dans son duché, disant les choses en toute vérité, et selon que l’ordre des faits l’exigera, afin que les actions glorieuses qui se sont accomplies de notre temps ne demeurent pas ensevelies dans une honteuse obscurité.
Ainsi donc ce duc, privé de son père dès les années de son enfance, était élevé dans toutes sortes de bons sentimens, par la sage sollicitude de ses tuteurs. Mais dès le commencement de sa vie, un grand nombre de Normands, renonçant à leur fidélité, élevèrent dans plusieurs lieux des retranchemens, et se bâtirent des forteresses très-solides. Tandis que, dans leur audace, ils se confiaient en ces fortifications, il s’éleva bientôt entre eux toutes sortes de querelles et de dissensions, et la patrie fut de toutes parts livrée à de cruelles agitations. Au milieu de ces affreux désordres Mars se livra à de violentes fureurs, et de nombreuses troupes de guerriers périrent dans ces vaines contestations.
CHAPITRE II.
De la guerre qui s’éleva entre Toustain de Montfort et Gauchelin de Ferrières; et de la mort d’Osbern, fils d’Herfast.