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CHAPITRE XX.

De la rébellion de Guillaume Busac, comte d’Eu; et comment celui-ci étant exilé reçut en don le comté de Soissons de Henri, roi des Francs.

AINSI que nous l’avons déjà dit plus haut, le duc des Normands Richard, fils de Richard Ier, avait donné le comté d’Eu à un sien frère utérin, nommé Guillaume. Celui-ci eut de la comtesse Lesceline trois fils, savoir Robert, Guillaume, et Hugues qui fut plus tard évêque de Lisieux. Le second, Guillaume surnommé Busac, aspirant à usurper le duché, commença à lever la tête, menaçant et se livrant à des actes d’inimitié contre le duc. Mais ce prince plein de force, ne voulant pas lui céder, rassembla une armée, assiégea la château d’Eu jusqu’à ce qu’il s’en fût rendu maître, et força le rebelle Guillaume son parent à s’exiler. Celui-ci se rendit auprès de Henri, roi des Francs, et lui racontant en pleurant ce qui lui était arrivé. Or le roi l’accueillit avec bonté, comme un chevalier noble par sa naissance et par sa beauté, et prenant pitié de ses malheurs, lui donna le comté de Soissons ainsi qu’une noble épouse. Heureux exilé, il eut de cette femme une belle famille, qui maintenant encore gouverne noblement l’honorable héritage de son père. Les fauteurs de discorde se trouvant ainsi ou rejetés ou renversés, toute la Normandie goûta le repos à l’ombre d’une douce paix.


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CHAPITRE XXI.

Le duc Guillaume épouse Mathilde, fille de Baudouin de Flandre, et nièce du roi Henri.

DÉJA le duc, ayant dépassé les années de l’adolescence, brillait de toute la force d’un jeune homme, lorsque ses grands commencèrent à s’occuper sérieusement avec lui des moyens de perpétuer sa race. Ayant appris que Baudouin, comte de Flandre, avait une fille, nommée Mathilde, issue d’une famille royale, très-belle de corps et généreuse de cœur, le duc, après avoir pris l’avis des siens, envoya des députés à son père, et la demanda en mariage. Le prince Baudouin, infiniment joyeux de cette proposition, non seulement résolut d’accorder sa fille au duc, mais la conduisit lui-même jusqu’au château d’Eu, portant avec lui d’innombrables présens. Le duc y arriva aussi, accompagné des escadrons de ses chevaliers, s’unit avec elle par les liens du mariage, et la ramena ensuite dans la ville de Rouen, au milieu des réjouissances et des plus grands honneurs. Dans la suite des temps il eut de sa femme quatre fils, savoir, Robert qui posséda quelque temps après lui le duché de Normandie, Guillaume qui régna treize ans, en Angleterre, Richard qui mourut jeune, et Henri qui succéda à ses frères, tant comme roi que comme duc. Guillaume eut aussi quatre filles. Dans le livre suivant, où nous traiterons des faits et gestes du très-noble roi Henri, nous parlerons avec l’aide de [p. 198] Dieu, et selon la mesure de nos facultés, de tous ces enfans du duc Guillaume, tant garçons que filles.