Il eut tout le temps de préparer ses surprises, car la maladie d'Élisabeth fut longue et dangereuse: mais cette charmante nature était digne de la croix que Dieu lui envoyait: elle supporta ses souffrances avec un courage de vraie chrétienne. Sa patience, sa douceur attendrissaient profondément Mme de Kermadio, sa bonne et Mlle Heiger: cette dernière ayant eu la même maladie, pouvait soigner et soignait avec bonheur son élève bien aimée. Pendant cette douloureuse maladie, jamais Élisabeth ne se montra égoïste: elle s'oubliait, au contraire, pour ne songer qu'aux autres et leur témoigner de la façon la plus tendre, la plus charmante, sa reconnaissance pour l'affection et les bons soins dont elle était entourée.
Chaque jour, Armand se donnait la consolation de lui dire un petit bonjour par le trou de la serrure, et bien souvent il lui criait:
«Grand'mère va bien, je la fais rire souvent.
«Ta paralytique est en bon état. Elle engraisse un peu.--Mon ivrogne se conduit toujours très-bien.--Guéris-toi vite, ma petite Élisabeth, pour que nous puissions aller les voir ensemble!»
La tristesse régnait dans cette maison. (Page 193.)
Enfin arriva cet heureux jour où Élisabeth, convalescente, put voir et embrasser son père, son cher Armand et toute sa famille, surtout son excellente grand'mère. Ce fut une vraie fête dans la maison, redevenue aussi joyeuse, aussi bruyante qu'elle était grave et triste pendant la maladie de la bonne et charmante petite fille.
Les premiers instants d'effusion passés, les enfants se mirent à jouer dans la chambre d'étude, convertie en salle de jeu pour ce jour de fête.
Élisabeth étant encore un peu faible, les amusements fatigants cessèrent vite, et l'on s'assit pour causer.
ARMAND.