NOÉMI, bas à Élisabeth.
Ah! mon Dieu! un des grands artistes, c'est Irène?
Un accord brillant répondit pour Élisabeth, et le morceau commença; Irène, d'abord très-émue, s'était tout à coup rassurée en jetant les yeux sur ses parents et sur Julien, aussi tremblants qu'elle; la pauvre enfant sentit que son avenir dépendait de son talent, de son courage, et subitement inspirée, priant tout bas le bon Dieu, elle joua l'admirable sonate en do dièze mineur, de Beethoven. Au lieu de lui nuire, son émotion la servit. Oh! que ses sentiments étaient différents alors des misérables pensées qui remplissaient son esprit le jour du bal de Noémi. Elle jouait aujourd'hui pour sa chère famille, et cette noble préoccupation rendait son jeu délicieusement doux et touchant! Irène se surpassa; toutes les profondeurs de cette admirable musique, toutes les délicatesses de ce grand style, furent mises en relief par ses doigts inspirés; à peine eut-elle terminé, qu'un tonnerre d'applaudissements retentit, et des exclamations s'élevèrent de toutes parts!
On complimenta chaleureusement M. et Mme de Morville sur le talent hors ligne de leur fille, tandis que les petits de Kermadio et de Marsy se montraient aussi fiers d'Irène que ses parents l'étaient à juste titre.
Noémi et Lionnette aimaient beaucoup la musique; émerveillées de l'admirable talent d'Irène, elles mirent de côté toute morgue et l'accablèrent de félicitations.
NOÉMI, enthousiasmée.
Vous aviez bien raison, monsieur Armand, de dire que c'est une grande artiste; je l'avais entendue jouer quelquefois, mais seulement des bluettes, et je ne lui soupçonnais pas ce beau talent.
LIONETTE, de même.
C'est écrasant, j'en suis épatée; dites donc, monsieur Armand, je vous accorde que voilà une grande artiste. Mais l'autre, le second, où est-il?
ARMAND.