En revenant chez elle, Noémi avait un air pensif, triste même; sa mère s'en aperçut et lui en demanda la cause; Noémi s'excusa sur la fatigue de la soirée.

«Elle était pourtant si intéressante que cela aurait dû te faire oublier ta fatigue! s'écria Mme de Valmier.

-Oui, dit son mari, c'était charmant à voir, ces deux enfants si bien doués, si modestes et si heureux de secourir leurs parents!»

A ce moment, la voiture s'arrêta, Noémi et ses parents descendirent, et la conversation en resta là.

Rentrée chez elle, la petite fille se déshabilla, fit sa prière avec distraction et se coucha; mais ce ne fut pas pour dormir, ce fut pour réfléchir sérieusement.

«Comme Irène et Julien sont gentils maintenant, se dit-elle; plus leurs talents font de progrès, plus ils deviennent modestes. Comme c'est beau et courageux de leur part de travailler pour vivre! Jeanne raconte d'eux des choses bien touchantes. J'ai eu tort, grand tort de m'être montrée si froide et si orgueilleuse! C'est vilain, le respect humain; et pourtant la crainte de voir mes amis se moquer de moi m'a rendue lâche et m'a fait agir comme si je manquais de coeur!

«Mes amis! sont-ce mes amis? Quelle différence entre le semblant d'amitié que nous nous portons les uns aux autres et la tendresse dévouée que se témoignent les petits de Morville, de Kermadio et de Marsy. Avec mes amis, il n'est question que de vanités, de frivolités! Ils ne seraient pas capables de dévouement, et me traiteraient, si j'étais pauvre, comme ils ont traité Irène et Julien l'autre jour. Ils ont bien mal agi: moi aussi, hélas! Oh! je m'en repens beaucoup maintenant; je veux changer de manière d'être avec eux, avoir le courage d'aimer, malgré les élégants, ces enfants si gentils et si bons.»

Cette bonne résolution calma la conscience troublée de Noémi; elle ne tarda pas à s'endormir, en répétant:

«Je serai l'amie... des bons enfants... du Club de la Charité

Le lendemain, à l'heure habituelle de sa promenade, Noémi se rendit aux Tuileries; elle hâtait le pas, et son coeur battait, car elle allait faire acte de courage. Arrivée dans l'allée de Diane, plusieurs élégants s'empressèrent autour d'elle, mais elle se contenta de leur dire bonjour, les écarta doucement, et elle alla droit à un groupe composé d'Irène, de Julien et de tous leurs amis. Les élégants, fort surpris, l'avaient accompagnée machinalement.