Les derniers préparatifs se terminèrent enfin, à la joie générale. On remonta dans le train, et les deux familles, arrivées à Paris, se séparèrent en se disant à revoir; Irène et Julien, très-honteux d'eux-mêmes et jaloux intérieurement de la supériorité de coeur, de courage et d'intelligence que venaient de montrer les petits de Kermadio.
CHAPITRE IV.
AUX TUILERIES.
«Êtes-vous prête, mademoiselle Irène?
--A l'instant, Zélie. Mon toquet? bien; attendez! mon chignon penche trop à gauche. Qu'il est désagréable, ce Leroy, de ne pas me l'avoir fait à boucles! J'en demanderai un à boucles à maman. Les coques de celui-ci sont trop sérieuses, trop lourdes pour ma figure. Mes gants, Zélie; non, pas les foncés, les gris clair tout neufs: oui, ceux-là; dépêchez-vous donc, vous êtes d'une lenteur qui me porte sur les nerfs.»
Irène mit ses gants, les boutonna avec soin, puis jeta un regard triomphant sur l'armoire à glace qui lui montrait sa petite personne tout entière.
Toque de velours vert, ornée de grèbe, robe et casaque pareille à la toque, gants gris, bottes vernies à glands d'or, manchon de grèbe, telle était la toilette d'Irène: elle avait de plus une coiffure des plus savantes, compliquée de cet énorme chignon à coques bouffantes qu'elle trouvait trop sérieux. Ainsi arrangée, Irène avait perdu la grâce et la naïveté de son âge: elle paraissait si peu naturelle et même si ridicule, que Zélie ne put s'empêcher de marmotter entre ses dents:
«Quelle pitié de laisser ainsi des enfants s'attifer en chiens fous!»