En Prince Charmant.
JULIEN, radieux.
Comme c'est aimable à vous, mademoiselle, de m'avoir choisi ce rôle; je suis sûr qu'il me conviendra très-bien!
NOÉMI.
A présent, je me sauve. Tenez, voici vos rôles et les gravures pour vos costumes. Apprenez les rôles, commandez vos toilettes, et venez répéter tous les jours chez moi à deux heures. A demain!
Restés seuls, le frère et la soeur se félicitèrent de la brillante perspective qui s'ouvrait devant eux; leur vanité se réjouissait à l'idée de paraître au bal et surtout de jouer la comédie. Les bonnes résolutions qu'Irène avait rapportées de sa conversation avec Élisabeth s'évanouirent rapidement, et elle fut bientôt aussi absorbée que son frère par les répétitions, les costumes et les mille soucis qu'entraîne ce genre de plaisir.
Irène avait pourtant gardé la volonté de faire ce que lui avait conseillé son amie, et elle trouva moyen d'étudier presque chaque jour son piano. Souvent aussi, elle réprima des mouvements d'humeur; elle se retint dans son impatience en songeant à Élisabeth, et quoiqu'elle allât peu aux Tuileries, préoccupée qu'elle était par son rôle et ses toilettes, elle se montra empressée et affectueuse avec la petite de Kermadio pendant le peu d'instants que lui laissaient ses répétitions. Élisabeth, jugeant inutile de lui donner d'autres avis dans l'état de fièvre où elle la voyait, se contenta d'être très-amicale.
Le jour du bal, Irène, le coeur palpitant, vit arriver Leroy qui devait la coiffer à midi, car il était demandé partout et n'avait pu accorder que cette heure matinale. Irène, malgré les observations de sa mère, avait voulu Leroy quand même, et se condamna au supplice d'être mal à l'aise toute la journée pour ne pas déranger sa coiffure.
Leroy se surpassa: la jolie figure d'Irène rayonnait d'orgueil quand le célèbre coiffeur se recula en disant:
«C'est fini et c'est charmant. Je puis faire aussi bien, mais mieux, c'est impossible!»