Le lendemain de cette brillante soirée, Irène et Julien étaient très-fatigués et plus tristes encore que fatigués. L'étourdissement de la fête passé, leur conscience leur reprochait vaguement quelque chose: c'est trop souvent en flattant des défauts de toute espèce que l'on se procure un amusement imparfait et passager.
C'était cela qui troublait les petits de Morville; aussi étaient-ils fort maussades et virent-ils arriver avec plaisir le moment d'aller se promener aux Tuileries.
Ils espéraient y rencontrer Noémi et leurs autres amis, afin de parler de leur soirée de la veille, mais aucun d'eux n'y était. En revanche ils y trouvèrent Élisabeth et Armand sans leurs cousins. Rien ne pouvait leur être plus désagréable que la vue de leurs amis de Kermadio, ce jour-là: ils se sentaient sérieusement blâmés par eux, leur conscience leur disait qu'ils étaient blâmés avec raison, et cela leur causait une grande gêne.
Ils furent donc agréablement surpris quand Élisabeth les aborda en leur disant:
«Bonjour, mes amis; je n'ai qu'une demi-heure à rester aux Tuileries, aujourd'hui: j'en suis désolée, car je ne vous vois presque plus.
ARMAND.
Moi aussi. Eh bien! prince Charmant, il paraît que vous avez joué à merveille hier au soir?
--Comment savez-vous?... dit Julien flatté et surpris.
ARMAND.
Par la voix de la renommée; autrement dit par mon cousin Jacques, qui était hier au soir chez Mme de Valmier.