—Mais qu'est-ce qu'il a, ce polisson? répétait Philéas interloqué. Il est fou, c'est sûr! mettez-le donc à la porte, Tueur. Il est assourdissant, ma parole!
SAGABABA, sanglottant.—Malheureux Sagababa! maître à moi, plein de sang sur tête. Cheveux cramoisis... oh! oh! mordu hier par vilains loups, bien sûr.
—POLYPHÈME, regardant.—C'est, ma foi! vrai, ce qu'il dit là, Philéas. Qu'est-ce que vous avez, mon ami? seriez-vous blessé?
PHILÉAS, ébahi.—Mais je n'ai rien du tout, je n'ai aucun mal, je ne sais pas ce que vous voulez dire...
Et en achevant ces mots, Saindoux effaré se tâtait les cheveux. Il poussa un grand cri à son tour en regardant ses mains... elles étaient pleines de sang!
Les sanglots de Sagababa redoublaient. Polyphème, effrayé, saisit une serviette et il épongea soigneusement la tête de son ami. Philéas consterné le laissa faire et six cuvettes furent tour à tour ensanglantées! six serviettes furent tour à tour imbibées de sang. Le médecin, mandé en toute hâte, déclara que ce phénomène arrivait de loin en loin; il avait été, pour sa part, déjà témoin d'un fait de ce genre...
Saindoux conmença dès lors à passer à l'état de phénomène!
A peine levé, il se vit l'objet de la curiosité générale. Chacun se poussait, se pressait pour voir «la tête de sang du Frantzousse».
Sagababa ne quittait plus son maître d'une semelle. Il le suivait d'un air lugubre, les yeux invariablement attachés sur la chevelure excentrique de Saindoux et poussant de temps à autre des soupirs à fendre des rochers. Polyphème, quoiqu'encore inquiet, était pourtant plus rassuré par les affirmations réitérées du médecin; ce dernier protestait que le cas, tout extraordinaire qu'il fût, n'était nullement dangereux. Cela arrivait à la suite d'une forte émotion et la teinte sanglante de la chevelure devait disparaître peu à peu. Philéas, déjà très ennuyé de son aventure, le fut encore plus par l'arrivée imprévue de son cousin, le docteur Crakmort.