Ici Sagababa, dont les regards devenaient féroces, intervint inopinément dans la discussion. Il se précipita avec furie sur Crakmort, se jetant sur sa figure qu'il égratigna de belle sorte; arraché de là par les jeunes gens, il se cramponna aux mollets du Marseillais et les mordit de telle façon que le docteur, déjà ahuri de l'attaque, abandonna la partie et s'enfuit, laissant les deux amis, moitié riant moitié grondant, empêcher Sagababa de se lancer à sa poursuite.
Le second médecin haussait les épaules et traitait crûment le Marseillais de véritable fou.
Ainsi se termina la consultation.
Philéas, pour éviter toute moquerie, se fit raser la tête. Ce ne fut pas sans peine. Le barbier frémissait, tout en préparant ses rasoirs, et ne procédait à cette besogne qu'en tremblant. Il ne fallut rien moins que l'ordre du médecin pour le décider à manier cette crinière sanguinolente.
A la grande joie de Philéas, cette importune chevelure tomba enfin, sous la main agile du barbier.
Sagababa gambada avec frénésie, lorsque son maître mit solennellement un bonnet de coton destiné à le préserver du froid: le barbier dit en se retirant quelques mots qui intriguèrent Polyphème.
—Qu'est-ce qu'il a donc à se réjouir de gagner une bonne somme? demanda-t-il à Philéas.
—Est-ce que je sais! répondit Saindoux non moins étonné. Je lui ai donné ce que le médecin m'a dit de lui remettre. Ce n'est pas une grosse affaire, pourtant!
On eut le soir la clef de ce mystère. Pendant le dîner, Sagababa remit à son maître une lettre que Saindoux ouvrit avec indifférence. A peine en eut-il lu les premiers mots qu'il sauta sur sa chaise, poussa un cri sauvage et regarda tout le monde d'un air égaré.