—Ah! le gredin! soupira Saindoux avec accablement.
Et il se laissa tomber sur une chaise... pour se relever bientôt avec impétuosité.
Polyphème crut à une attaque de folie et lui saisit le bras, mais l'explication de Philéas le détrompa vite.
—J'ai mon affaire! s'écria ce dernier en éclatant de rire. En chasse, mes amis! allons à l'affût du docteur. Les routes sont mauvaises; je sais où il va; par la traverse nous le rejoindrons facilement et je r'aurai mes cheveux ou je mourrai à la peine! Hein? ça y est-il?
Un hourra général accueillit sa demande.
—Et quelles armes prendrons-nous, mon général? demanda Polyphème, très amusé de l'idée de Philéas.
—Des lassos et quelque chose dont je me chargerai spécialement, répondit Saindoux avec majesté.
On prépara à la hâte les traîneaux; on prit quelques provisions, chacun s'enveloppa chaudement et bientôt l'expédition partit au grand galop de chevaux vigoureux.
On alla se reposer dans un petit village à quelque distance de l'endroit où voulait se poster Philéas, puis on repartit avec une ardeur nouvelle et on arriva enfin dans une grande plaine au milieu de laquelle passait le chemin que devait suivre le docteur. Un bouquet de bois qui longeait la route permit aux chasseurs de se cacher sûrement; ils s'installèrent dans ce campement, tandis que Sagababa, dont la vue perçante était connue de tous, se chargeait de faire sentinelle. Une vieille hutte délabrée fut arrangée en un clin d'oeil de façon à devenir un abri suffisant On y fit même du feu, quoiqu'avec précaution, pour ne pas exciter les soupçons de Crakmort. Mais Philéas ayant spécialement demandé de faire et de maintenir ce feu, on accéda à son désir.
Le soleil allait se coucher et jetait quelques pâles rayons sur la plaine neigeuse, lorsqu'un traîneau apparut au loin dans la route. Sagababa en avertit les conspirateurs; chacun se posta, l'oeil au guet, le sourire sur les lèvres et très intrigué de ce que voulait faire Saindoux pour se venger.