Arrivé près du petit bois, un lasso habilement lancé fit rouler son cheval sur la route et, avant qu'il ait pu se rendre compte de ce qui se passait, le Marseillais se voyait relevé, saisi, entraîné dans la hutte et attaché sur un tronc d'arbre.

Le docteur tressaillit en voyant en face de lui son cousin, son terrible cousin! Debout, les bras croisés, les sourcils froncés, son bonnet de coton enfoncé crânement sur le front, Saindoux paraissait, aux yeux terrifiés du docteur, l'image de la vengeance.

Polyphème se tenait près de lui d'un air sinistre, avec un revolver dans chaque main et un poignard entre les dents. Les autres jeunes gens l'avaient scrupuleusement imité.

—Mon ser cousin... balbutia le coupable, d'une voix tremblante.

—Il n'y a pas de cher cousin ici, répondit Philéas de sa voix la plus creuse. Il y a un ennemi mortellement offensé qui veut r'avoir son bien, menacé d'une exhibition scandaleuse et d'une inscription plus scandaleuse encore!

Le docteur maudissait son idée.

—Très ser cousin, c'était une plaisanterie, gémit-il en joignant les mains. Ze n'ai zamais voulu faire sérieusement cela. Ze voulais seulement faire voir scientifiquement...

Un cri d'indignation de Philéas le fit s'arrêter court en palissant.

—Et vous osez plaisanter ainsi, Monsieur? déclama Saindoux (qui était, au fond, ravi de cette scène et du rôle qu'il y jouait), plaisanter avec... moi! J'ai tué des loups, Monsieur! j'ai tué des lions, Monsieur! un docteur ne me ferait pas peur, Monsieur...