PHILÉAS.—Mais certainement, Monsieur le Vicomte; il paraît que ce sont de charmants petits oursons; ça fait même de la peine à tuer, tant ils sont caressants.

M. DE MARSY.—Je ne vous conseille pas de vous y frotter, à ces oursons charmants! vous m'en diriez des nouvelles.

PHILÉAS, continuant.—En Océanie, nous chasserons... Je ne me rappelle plus quoi! et en Asie, nous nous attaquerons aux tigres et aux Taugs[2].

Note 2:[ (retour) ] Étrangleurs indiens.

M. DE MARSY, fronçant les sourcils.—Encore une terrible chasse que celle de ces Taugs! Ils valent les orangs-outangs, dans leur genre. Décidément, Philéas, ces voyages seraient une suite de folies. Je vous donne très sérieusement le conseil de ne pas vous exposer à cette série de dangers, que les chasseurs les plus braves affrontent sans les rechercher. (Insistant.) Songez que votre santé ne pourra peut-être pas supporter le climat des pays chauds, les froids horribles de l'Amérique du Nord! songez enfin que vous partez avec...

PHILÉAS.—J'ai songé à tout, Monsieur le Vicomte (avec dignité), et à bien d'autres choses encore! (Rires étouffés.) La soif des voyages, des dangers, des aventures m'empêche de jouir de la vie! Je pars heureux. Une seule chose m'ennuie; c'est le satané bouvreuil de ma cousine. Il va falloir que je le trimballe dans les déserts, dans les savanes, et toujours sur mon dos; ça ne sera pas commode.

Mme DE MARSY, étonnée.—Comment! vous ne pouvez pas le confier à quelqu'un ici, pendant vos voyages?

PAUL, malignement.—A Gelsomina, par exemple! elle serait enchantée de vous rendre ce petit service.

PHILÉAS, avec horreur.—Oh!... non! le testament de ma cousine dit que je ne dois pas me séparer de fifi-mimi, que je dois le soigner tous les jours. (Il étend le bras.) J'ai promis de le faire. Un honnête homme n'a que sa parole, j'emmène partout le fifi-mimi!

Après cette déclaration solennelle, le gros Saindoux prit congé de M. de Marsy et de sa famille malgré les représentations amicales de chacun.