—La déclaration de votre montre et de votre chaîne d'or, me répondit-il. Ces bijoux sont maintenant soumis à une certaine taxe, et si on ne le constatait pas immédiatement, il y aurait une forte amende à payer. Je vois que vous êtes de province, et je veux vous épargner l'ennui de remplir cette formalité. En me donnant dix francs, je paierai la taxe et vous n'aurez aucun désagrément à subir.
—Mais quel drôle d'impôt, Monsieur! lui dis-je; pourquoi qu'il est établi?
—Parce que les gens comme il faut portent seuls des bijoux en or, me répond le monsieur; on sait, grâce à cela, quels sont les étrangers de distinction qui arrivent à Paris...
(Je ne vous cacherai pas, Monsieur et bon Vicomte, que cette explication me flatta un peu.)
—Vous êtes trop honnête, Monsieur dont je ne sais pas le nom, m'écriai-je, et j'accepte avec plaisir!
—Je m'appelle le comte de Blagueville, répondit le monsieur obligeant.
Tout en lui donnant ma montre, ma chaîne et dix francs pour payer la taxe, je lui laissai mon adresse et mon nom; puis il descendit et sortit de la gare en me disant de l'attendre au bureau des passe-ports perdus.
Après avoir réclamé et pris mes effets, je m'informe du bureau des passe-ports perdus. On me rit au nez; j'insiste, je raconte mon histoire; on m'explique que le prétendu comte de Blagueville est un coquin et moi un... je ne veux pas répéter le mot, ni souiller ma plume de l'épithète de Jocrisse qu'on m'a flanquée à brûle-pourpoint. Que ces chemindefériers sont malhonnêtes! pas vrai, Monsieur le Vicomte?
Après ces pénibles épreuves de montre et de chaîne volées d'une manière dégoûtamment infâme (et encore, en disant cela, je suis trop modéré!) je monte dans un fiacre et je dis au cocher de me conduire chez Jules Gérard.