Sans s'inquiéter de ce tapage assourdissant, Philéas donna le signal pour commencer le jeu du cochon[4], et l'on vit arriver une troupe de gamins en caleçon, amenant de force un petit cochon noir et jaune. Ils le poussèrent dans une mare près de la maison. A peine ce cochon fut-il à l'eau que les petits paysans se précipitèrent aussi dans la mare et chacun d'eux, tout en nageant, s'efforça de saisir la queue de l'animal.

Note 4:[ (retour) ] Jeu très aimé eu Normandie.

Pour être vainqueur dans ce jeu, on devait maintenir le cochon pendant une minute sans le lâcher; on en devenait alors propriétaire.

Les gamins riaient de toutes leurs forces tout en pataugeant près de l'animal, qui grognait d'une façon désespérée chaque fois qu'on le touchait.

Il était d'autant plus difficile de l'attraper que sa queue, déjà courte et glissante, avait été soigneusement graissée.

Les rires des spectateurs répondaient à ceux des combattants, et les enfants radieux de ce spectacle disaient qu'ils ne s'étaient jamais tant amusés.

—Ohé! criait un gamin, attrape la queue, Médéric, l'eau commence à la détremper; elle a manqué me rester dans la main!

—Viens, mon petit chéri, disait un autre nageur, en montrant une pomme au cochon; je vais faire ton affaire pendant que tu mangeras.

—Je l'ai!

—Non, c'est moi!