CHAPITRE PREMIER
LUTTE MUSICALE DE DEUX CHANTRES
Peu de temps après être revenu de son voyage aux bains de mer, M. de Marsy reçut la visite de Philéas Saindoux[1] qui le pria de venir honorer de sa présence une réunion musicale et lui raconta ce qui suit:
Deux chantres renommés, demeurant dans des villages différents, s'étaient donné rendez-vous à Beaugé pour savoir lequel des deux avait le plus de talent. Canonet, chantre de Saint-Symphorien, possédait une magnifique et formidable voix de basse profonde. Il était presque sans rival à dix lieues à la ronde. Un seul homme, dans les environs, osait lui tenir tête dans les roulades qui plongeaient en extase les Normands, grands et petits.
Note 1:[ (retour) ] Voir Les Débuts du gros Philéas, du même auteur (chez Hachette).
Rossignol, chantre de Saint-Eutrope, charmait les oreilles par une voix de ténor des plus aiguës. Il allait à une hauteur étonnante. Grâce à ces artistes, les deux villages étaient en rivalité déclarée.
Jusqu'alors, la grande distance qui séparait les chantres et leurs fanatiques avait empêché toute lutte.
Le grand jour arriva bientôt.
Sur la place du village s'agitaient tumultueusement les partisans des rivaux. Les admirateurs de Canonet entouraient leur chantre bien-aimé, tandis que ceux de Rossignol faisaient au ténor un cortège non moins pompeux.