[AU LECTEUR]
On trouvera réunis dans le présent volume les principaux discours prononcés en Sorbonne, le 3 Avril 1909, à la «Fête de l'Intellectualité Brésilienne». Rappelons que la séance eut lieu dans l'amphithéâtre Richelieu, sous la haute présidence d'Anatole France, de l'Académie Française, et qu'elle fut organisée par la Société des Études Portugaises de Paris, avec le concours de la Mission Brésilienne de Propagande.
La causerie de M. le Docteur Richet ayant été improvisée, nous n'avons pu la reproduire ici. L'allocution prononcée par S. Ex. M. Gabriel de Piza, ministre du Brésil à Paris, et celle de M. Xavier de Carvalho, promoteur de cette soirée commémorative, n'ont pas non plus trouvé place dans ce recueil parce que, par leur nature, elles s'écartaient toutes deux de l'objet principal de cette fête consacrée tout entière à Machado de Assis.
Nous avons préféré donner en appendice quelques extraits de discours et d'articles parus au Brésil après la mort de l'illustre président de l'Académie Brésilienne. De cette façon, l'œuvre assez complète que nous présentons au public peut être considérée comme un véritable hommage rendu par la pensée française en même temps que par la pensée brésilienne au grand écrivain disparu.
L'Éditeur.
[LE GÉNIE LATIN]
En cette fête de l'«Intellectualité brésilienne» que j'ai le très grand honneur de présider, notre savant compatriote, le docteur Richet, dont tout le monde connaît la droiture et la générosité, va nous dire les sympathies qui unissent le Brésil à la France; M. de Oliveira Lima, ministre du Brésil à Bruxelles, membre de l'Académie brésilienne, nous entretiendra, avec un art bien des fois applaudi, de son illustre compatriote, Machado de Assis, que le Brésil salue comme une des gloires les plus hautes.
Pour moi, Messieurs, je ne crois pas que ce soit trop étendre le sens de cette fête littéraire, que d'y voir la célébration du génie latin dans les deux mondes.
Le génie latin, peut-on le célébrer assez? C'est par lui qu'à Rome fut délibéré le sort de l'univers et conçue la forme dans laquelle les peuples sont encore contenus. Notre science est fondée sur la science grecque que Rome nous a transmise. L'humanité doit au génie latin la naissance et la renaissance de la civilisation. Son sommeil de dix siècles fut la mort du monde.