Tantôt elle est très calme et très sage; tantôt elle fait l'évaporée; elle allie, dans un même geste, la folie et la pudeur; elle a tantôt un air d'enfant et tantôt des attitudes de jeune fille; elle étudie le catéchisme et lit des vers d'amour.

Parfois, en valsant, son cœur palpite à se briser, peut-être de fatigue, peut-être d'émotion. Quand ses lèvres vermeilles s'entr'ouvrent et s'agitent, on ne sait si c'est pour demander un baiser ou pour dire une prière.

D'autres fois encore, en embrassant sa poupée, elle jette un coup d'œil furtif à son cousin... qui sourit. Et quand elle se met à courir, il semble que la brise énamourée, secouant sa chevelure, lui prête des ailes d'ange ou des grâces de houri.

Quand elle traverse le salon, il lui arrive souvent de s'arrêter devant le miroir; et il n'est pas rare qu'en se couchant elle se mette à feuilleter quelque roman dont l'héroïne conjugue l'éternel verbe aimer.

Dans la chambre où elle dort la nuit et se repose le jour, elle a placé le lit de sa poupée au pied de la toilette. Et quand elle rêve, il lui arrive souvent de redire tout haut ses leçons de collège et... le nom d'un jeune docteur.

Elle se réjouit aux cadences de l'orchestre, et quand elle fait son entrée dans le bal, elle prend des manières de demoiselle. Les visites chez la modiste lui font oublier l'ennui des heures passées auprès de sa maîtresse; elle a du respect pour l'une, mais elle adore l'autre.

Des ennuis de la vie, le plus triste et le plus rude pour elle, c'est l'étude, excepté toutefois la leçon de syntaxe où elle récite le verbe «To love» ... non sans sourire au professeur d'anglais.

Que de fois cependant, fixant son regard dans l'espace, elle semble suivre une vision éthérée; que de fois, ramenant son bras frêle sur sa poitrine, elle comprime les pulsations de son cœur agité.

Ah! insensé celui qui dans un moment d'hallucination irait se jeter à ses pieds et lui faire l'aveu d'une espérance vaine; comme elle se moquerait de ces tristes amours, comme elle rirait de l'aventure et s'empresserait d'aller la conter à maman!

C'est que cette créature adorable, divine, ne se peut expliquer et ne se peut comprendre. Quand on y cherche la femme, on y trouve l'enfant, et quand on veut y voir l'enfant, on y découvre la femme!