Mais pour revenir, car je ne suis pas propre à faire des digressions ainsi, au moment de nous asseoir pour le dîner, nos cérémonies furent sur le point de recommencer. La question était de savoir si ma fille aînée, étant déjà vieille dame, ne devait pas se placer au-dessus des deux jeunes mariées; mais mon fils George coupa court au débat, en proposant que tout le monde s’assît indistinctement, chaque gentleman auprès de sa dame. Tous acceptèrent l’idée avec une vive approbation, excepté ma femme, qui, je pus le remarquer, ne fut pas parfaitement satisfaite, parce qu’elle s’attendait à avoir le plaisir de siéger au haut bout de la table et de découper pour toute la compagnie. Mais, malgré cela, il est impossible de décrire notre bonne humeur. Je ne puis dire si nous eûmes plus d’esprit entre nous que d’ordinaire; mais je suis certain que nous eûmes plus de rires, ce qui répondait au but tout aussi bien. Il y a une plaisanterie dont je me souviens particulièrement: le vieux M. Wilmot buvait à la santé de Moïse; mon fils, qui tournait la tête d’un autre côté, répondit: «Madame, je vous remercie.» Sur quoi, le vieux gentleman, clignant de l’œil au reste de la compagnie, dit qu’il pensait à sa maîtresse. A cette plaisanterie, je crus que les deux demoiselles Flamborough allaient mourir de rire.
Dès que le dîner fut fini, suivant ma vieille coutume, je demandai qu’on enlevât la table, afin d’avoir le plaisir de voir toute ma famille réunie une fois encore autour d’un joyeux foyer. Mes deux petits s’assirent chacun sur un de mes genoux, et les autres par couples. Je n’avais plus, de ce côté-ci de la tombe, rien à désirer; tous mes soucis étaient passés; ma joie était indicible. Il ne me restait plus qu’à faire en sorte que ma gratitude dans la bonne fortune surpassât ma soumission d’autrefois dans l’adversité.
FIN
TABLE
| Pages. | |
| Préface | [I] |
| Avertissement de l’auteur | [1] |
| CHAPITRE PREMIER. | |
| Description de la famille de Wakefield, chez laquelle règne un air deparenté, aussi bien dans les esprits que dans les figures | [3] |
| CHAPITRE II. | |
| Malheurs de famille.—La perte de la fortune ne fait qu’accroître la fiertédes justes | [9] |
| CHAPITRE III. | |
| Abnégation.—Les circonstances heureuses de notre vie se trouvent généralementêtre, en fin de compte, notre propre ouvrage | [15] |
| CHAPITRE IV. | |
| Preuve que même la plus humble fortune peut donner le bonheur, lequeldépend, non des circonstances, mais du caractère | [27] |
| CHAPITRE V. | |
| Présentation d’une nouvelle et importante connaissance.—Les choses oùnous mettons le plus nos espérances se trouvent d’ordinaire être lesplus funestes | [31] |
| CHAPITRE VI. | |
| Bonheur d’un foyer rustique | [37] |
| CHAPITRE VII. | |
| Portrait d’un bel esprit de la ville.—Les plus sots peuvent réussir à amuserpendant une soirée ou deux | [43] |
| CHAPITRE VIII. | |
| Un amour qui ne promet guère de fortune peut cependant en amenerbeaucoup | [51] |
| CHAPITRE IX. | |
| Présentation de deux dames très distinguées.—Il semble toujours que lasupériorité de la toilette donne la supériorité de l’éducation | [61] |
| CHAPITRE X. | |
| La famille s’efforce de faire comme plus riche qu’elle.—Misères des pauvresquand ils veulent paraître au-dessus de leur état | [67] |
| CHAPITRE XI. | |
| La famille persiste à relever la tête | [73] |
| CHAPITRE XII. | |
| La fortune semble résolue à humilier la famille de Wakefield.—Les mortificationssont souvent plus douloureuses que les calamités véritables | [81] |
| CHAPITRE XIII. | |
| On s’aperçoit que M. Burchell est un ennemi, car il a l’audace de donnerdes avis désagréables | [89] |
| CHAPITRE XIV. | |
| Nouvelles humiliations, ou démonstration que des calamités apparentespeuvent être des bénédictions réelles | [95] |
| CHAPITRE XV. | |
| Toute l’infamie de M. Burchell découverte d’un coup.—La folie d’êtretrop sage | [105] |
| CHAPITRE XVI. | |
| La famille use d’artifices auxquels on en oppose d’autres plus grands | [113] |
| CHAPITRE XVII. | |
| Il ne se trouve guère de vertu qui résiste à la puissance d’une tentationagréable et prolongée | [121] |
| CHAPITRE XVIII. | |
| Poursuite d’un père pour rappeler à la vertu un enfant égaré | [133] |
| CHAPITRE XIX. | |
| Portrait d’une personne mécontente du présent gouvernement et appréhendantla perte de nos libertés | [141] |
| CHAPITRE XX. | |
| Histoire d’un vagabond philosophe, qui court après la nouveauté et perdle bonheur | [153] |
| CHAPITRE XXI. | |
| Courte durée de l’amitié entre les méchants; elle ne subsiste qu’aussi longtempsqu’ils y trouvent leur mutuelle satisfaction | [173] |
| CHAPITRE XXII. | |
| Les offenses se pardonnent aisément lorsqu’il y a l’amour au fond | [185] |
| CHAPITRE XXIII. | |
| Nul que le méchant ne peut être longtemps et complètement misérable | [193] |
| CHAPITRE XXIV. | |
| Nouvelles calamités | [201] |
| CHAPITRE XXV. | |
| Il n’est pas de situation, quelque misérable qu’elle semble, qui ne soitaccompagnée de quelque espèce de consolation | [209] |
| CHAPITRE XXVI. | |
| Réformes dans la prison.—Pour rendre les lois complètes, elles devraientrécompenser aussi bien que punir | [217] |
| CHAPITRE XXVII. | |
| Continuation du même sujet | [225] |
| CHAPITRE XXVIII. | |
| Le bonheur et le malheur dépendent de la prudence plutôt que de lavertu, dans cette vie; car le ciel regarde les maux ou les félicités terrestrescomme des choses purement insignifiantes en soi et indignes deses soins dans leur répartition | [233] |
| CHAPITRE XXIX. | |
| Égalité de traitement de la part de la Providence démontrée vis-à-vis desheureux et des malheureux ici-bas.—De la nature du plaisir et de lapeine, il ressort que les misérables doivent recevoir la compensation deleurs souffrances dans la vie future | [247] |
| CHAPITRE XXX. | |
| Un avenir meilleur commence à paraître.—Restons inébranlables, et lafortune à la fin changera en notre faveur | [255] |
| CHAPITRE XXXI. | |
| Anciens bienfaits inopinément payés avec usure | [267] |
| CHAPITRE XXXII. | |
| Conclusion | [287] |
FIN DE LA TABLE