Il eut même une peur véritable des suites de l'accident, car il y avait du premier étage au sol du jardin, une hauteur de dix bons mètres—plus de distance peut-être que du baron Pottemain à la cour d'assises!

Pauline n'avait pas poussé un cri en tombant. Ou elle s'était tuée sur le coup, ou ses blessures n'étaient que légères.

Dans l'un comme dans l'autre cas, elle passerait pour avoir subi des violences.

Le baron était l'homme des décisions promptes; il eut vite fait de prendre son parti. Il se pendit aussitôt aux sonnettes, et, serrant sa robe de chambre autour de sa taille, il descendit en courant l'escalier, son trousseau de clés à la main.

Victorine arriva la première au secours de sa maîtresse.

Puis parurent successivement les valets couchant dans les parties éloignées du bâtiment: le cocher, le jardinier, les palefreniers et enfin Jeannolin, dont le jeune sommeil semblait à l'épreuve du tambour et du canon, mais que le nom de la baronne prononcé dans le corridor des combles où il couchait avait suffi pour tirer de sa léthargie.

Lorsque cinq ou six lanternes s'approchèrent de l'endroit où Pottemain avait couru, elles éclairèrent de leurs feux croisés une scène singulière, mais moins effrayante qu'on pouvait le redouter.

Pauline était vivante, mais à demi enfouie dans une corbeille de giroflées; les tiges pressées et le sol fraîchement remué avaient amorti sa chute.

Quant au baron, il poussait des soupirs à fendre les rochers et couvrait de baisers les petites mains blanches de sa femme.

—Ah! Dieu merci, chère amie!... Vous êtes saine et sauve, répétait-il avec effusion... Vous sentez-vous la force de vous lever?