Grâce à cette convention tacite, Jeannolin resta le compagnon et le garde-malade de sa maîtresse. C'était pour la pauvre blessée, qui se sentait espionnée et sans défense, une sorte de sauvegarde que la présence presque constante de l'enfant.

Dès que le docteur Marsay lui permit de se lever, c'est appuyée sur l'épaule de Jeannolin qu'elle descendait à grand'peine les marches du perron et qu'elle atteignait un de ces fauteuils roulants, très légers, dans lequel elle s'installait.

Puis l'ancien berger la conduisait à l'ombre d'un bosquet, et là, Pauline passait les longues heures de l'après-midi à instruire son protégé dont l'intelligence s'éveillait tous les jours davantage, ou bien elle s'occupait à travailler pour les pauvres de la contrée, et c'était encore Jeannolin qu'elle chargeait de répartir ses aumônes.

Ainsi s'écoulait la triste existence de la baronne.

Une vie aussi réglée, mais aussi sévère, sans récréation, ni compensation terrestre et au fond sans sécurité, était bien faite pour user rapidement une nature pleine de vivacité et d'exigences.

La rieuse, ardente et mobile jeune fille, condamnée qu'elle était à vivre dans une contrainte et une terreur perpétuelles, à marcher le moins possible, semblait subir ce supplice inventé par la barbarie persane, qui consiste à être murée vivante.

En dehors de ces heures de repos où elle se consacrait à la charité ou à l'éducation de Jeannolin, elle devait subir la présence de Pottemain, qui, même lorsqu'il la quittait, ne s'absentait jamais longtemps.

Elle s'effrayait parfois de cette surveillance incessante. Quel projet cachait le baron sous cette bienveillance hypocrite?

Ne se recueillait-il pas en attendant l'heure propice de se délivrer à tout jamais de la femme qui possédait son secret?

Un soir, comme le soleil allait se coucher en face des fenêtres de Bois-Peillot, dans sa lave de pourpre, un humble capucin parut à la grille du parc et demanda l'hospitalité.