—Avez-vous vu monsieur? demanda-t-elle.

—Monsieur dort encore, répliqua la servante, qui paraissait le savoir.

Pauline ferma les portes avec soin, poussa un écran près d'un fauteuil qu'elle désigna au capucin et elle s'assit elle-même péniblement aux côtés du prêtre.

Puis elle prit la parole:

—Je vous remercie, mon père, d'avoir bien voulu m'entendre et de venir ainsi au secours d'une pauvre âme aux abois... Je suis en danger de mort, mon père, et je ne puis ici me confier à personne... Les seules armes que j'aie contre mes ennemis, armes qui peuvent m'être ravies d'un moment à l'autre, sont ces deux lettres... L'une est signée de moi et d'un témoin qui pourra confirmer les faits graves que j'énonce... l'autre est une dénonciation posthume... Ces lettres demeureront closes jusqu'au jour où vous recevrez de moi, au couvent où vous résidez habituellement, l'avis que le danger menace... Cela signifiera que vous devez porter vous-même ces deux lettres au Procureur de la république. Jurez sur votre âme et sur Dieu que vous accomplirez ma volonté dernière et qu'à votre défaut... si Dieu vous rappelait à lui, mon père, avant le temps... un autre soldat du Christ vous remplacerait sur la brèche...!

—Pouvez-vous me jurer auparavant, ma fille, que ces lettres renferment la vérité, toute la vérité, rien que la vérité, et qu'en me confiant cette mission vous n'accomplissez point quelque projet de vengeance?

—Il est aisé de vous répondre, mon père, car ces lettres ne renferment que ce je que crois être fermement la vérité. Quant à des projets de vengeance, il y a, il est vrai, en ceci des représailles contre un meurtrier, mais ce n'est pas moi qui suis sa victime. Seulement, je pourrais le devenir à mon tour et je n'ai d'autre arme contre ses entreprises que la certitude où il est, que le glaive se lèvera sur lui le jour où il me frappera... C'est donc un acte de simple défense pour ma part et de réparation pour les autres.

—Mais enfin, dit le capucin, il est sans doute un cas prévu où, venant à résipiscence, le coupable obtiendrait de vous le pardon, la remise pleine et entière de sa peine. Dieu lui-même ne procède pas différemment à l'égard du repentir.

—Oui, ce cas est prévu. Et dans ce cas ce sera vous qui, sur mon avis, jetterez ces deux lettres au feu!

—Soit, repartit le moine, mais supposez que des circonstances que nous n'imaginons pas vous empêchent de me faire parvenir un message... quelle conduite dois-je tenir? Et quelle durée assignez-vous au dépôt de ces pièces entre mes mains?