—Après la conversation aussi bizarre qu'inattendue que je viens de vous rapporter, je ne fus pas étonné du tout, ainsi que je vous l'ai déjà dit, de recevoir, par l'entremise de Charaintru, votre nouvelle invitation. L'empressement que j'ai mis à y répondre m'est un garant du plaisir qu'elle me fit éprouver et du peu de foi que j'ajoutais aux racontars de mon inconnue. Avant mon arrivée ici, je passai un jour à Moulins. Le hasard des choses me fit rencontrer des visages de connaissance que j'avais perdus de vue naturellement depuis mon dernier voyage et je fus amené à parler de Bois-Peillot...
—Et alors?
—Et alors je pus me rendre compte que mon domino n'avait pas dû me prendre pour unique confident... Et, indépendamment des choses que je savais déjà, je compris, à travers les réticences de mes interlocuteurs, que la mort par accident d'un de vos plus anciens serviteurs, nommé Pastouret, je crois, faisait dans le pays l'objet des commentaires les plus désobligeants...
Cette fois, Pottemain bondit comme un lièvre atteint par le plomb du chasseur:
—Ah! c'est trop fort!... Parlez nettement, je vous prie, monsieur Romagny!...
—Je ne voulais que vous prévenir, dit le sculpteur tranquillement, mais puisque vous tenez à tout apprendre... On disait carrément que Pastouret savait trop de choses... qu'il était devenu gênant... et que vous deviez à une nouvelle obligeance du docteur Marsay...
—Le nom de ces misérables? dit le baron d'une voix étranglée par la colère.
—Je l'ignore, dit froidement l'artiste, du ton de l'homme bien résolu à ne pas parler, je ne les connais que de vue!
—Je m'y perds! fit le Normand accablé. Mais à quels ennemis ai-je donc affaire? Voilà comment se font les réputations! Heureusement qu'en ce qui concerne cette dernière catastrophe, qui m'a atteint bien cruellement, car Pastouret était plutôt mon ami que mon serviteur, j'ai pour moi le témoignage de M. le Procureur de la République en personne.
Et il attendit en silence l'effet de cette déclaration.