—En effet... Eh bien, soyons donc plus que jamais bons amis! Continuez à venir librement chez moi et tenez désormais Bois-Peillot pour un domaine à vous...

Là-dessus, Pottemain prit les mains du sculpteur dans les siennes, puis il marcha résolument du côté du château.

—Ah! ce n'est pas malheureux! fit Charaintru en les voyant revenir, un peu plus et je m'endormais sous mon arbre... Ah! ça, quelle espèce de conversation avez-vous pu avoir jusqu'à deux heures du matin, par une nuit sans lune? Je me sens transi! Il est ennuyeux que nous ne puissions rien boire de chaud!

La provocation était directe et, bien que le baron eût tout autre chose en tête que de régaler les deux jeunes gens, il ne put se dispenser de leur dire:

—Rentrons alors au château! Je vais commander un punch et si mes valets ont par hasard pu s'apercevoir que nous sommes sortis brouillés, ils pourront constater que nous rentrons excellents amis!

—Pour rien au monde, répondit le sculpteur, je ne voudrais qu'on réveillât la baronne.

—Je n'y songe pas, dit Pottemain.

Il conduisit ses hôtes à la salle à manger, fit lever son valet de chambre et la nuit s'acheva sans que de la conversation qui se tint autour des flammes bleues d'un punch gigantesque, Charaintru, très intrigué, put tirer le moindre indice de nature à lui faire pénétrer le secret mystérieux qui liait ses deux amis.

Romagny, tout heureux d'avoir pu être utile à Pauline, riait dans sa barbe et se disait que sans doute, grâce à son stratagème, Pottemain salutairement averti par lui de ce que pensaient d'honnêtes gens sur son compte, ferait désormais pour être le modèle des époux, les frais d'imagination qu'il avait faits pour n'être pas considéré par lui comme le dernier des hommes.

Vers sept heures du matin et, comme les deux jeunes gens s'apprêtaient à prendre congé de Pottemain, Victorine entra et prit le baron à part: