Il l'ouvrit fébrilement et pâlit, puis il revint à la salle à manger.

—Messieurs, dit-il d'une voix étranglée par l'émotion, un grand malheur vient de me frapper... A cette heure la baronne Pauline n'est plus!...

Charaintru et Romagny se levèrent brusquement.

Pottemain regarda fixement le sculpteur, qui devint blême. Il cherchait évidemment à lire dans le regard de l'artiste s'il n'y avait pas entre l'aventure extraordinaire de la veille qui l'avait fait déserter tout une nuit le domicile conjugal et la disparition de sa femme une secrète concordance. Pauline avait-elle profité, par hasard, du premier instant où elle se sentait à l'abri de toute surveillance pour se soustraire à une vie qui lui pesait, ou Romagny était-il son complice?

Mais le sculpteur soutint hardiment son regard, sans baisser les yeux.

—Expliquez-vous, mon cher ami, dit enfin Charaintru, qui ne comprenait décidément rien à cette série d'événements bizarres.

Pottemain tendit en silence au gommeux la lettre qu'il tenait toute froissée dans sa main et Charaintru lut ce qui suit:

«Mon ami,

«Quand vous trouverez cette lettre, j'aurai cessé de vivre... N'accusez que moi de ma fin... J'en suis le libre, unique et volontaire auteur.

«La nature,—je le sais aujourd'hui,—ne m'avait pas façonnée pour la vie conjugale. Je déserte mon poste et je me punis moi-même du supplice des déserteurs...